Cinq jours après le séisme de M'sila Répliques et retour à la normale le jour d'Algérie le 19 Mai 2010
Cinq jours après le violent séisme enregistré vendredi dernier dans le nord ouest de la wilaya de M'silla, la vie semble reprendre peu à peu son cours normal avec l'ouverture progressive des commerces et la reprise des différents services, alors que la psychose et la panique sont toujours de mise.
N otre séjour dans cette région de steppes désertiques nous perm e t d e c o n s t a t e r, contrairement à ce qui se dit ici et là, que le tremblement de terre qui a frappé cette région n'a pas fait trop de dégâts malgré sa magnitude de 5.2 sur l'échelle de Richter. «S'il s'était produit dans une région urbaine à forte densité démographique, le bilan aurait été plus lourd», souligne le directeur générale de la Protection civile au niveau de la wilaya. La grande panique passée, l'heure est au bilan. Les habitations et les édifices publics de la commune de Beni Ilmène et de Ouanougha .
Une université de sismologie algérienne
L'Algérie créera bientôt une université internationale de recherche en sismologie avec un financement des Nations unies, a indiqué aujourd'hui un responsable au ministère algérien de l'Enseinem ant supérieur, Abdelhafidh Aourag. L'Algérie a accueilli «favorablement» la proposition de l'ONU de créer cette université, a précisé Aourag, directeur général de la recherche scientifique et du développement technologique, selon l'agence APS. Cette université permettra de «réaliser des études approfondies sur le phénomène des tremblements de terre et des tsunamis tout en collectant l'ensemble des données les concernant en particulier dans la région nord-africaine, qui est mal connue, selon les spécialistes», a ajouté Aourag.
La future université sera jumelée au Centre de recherche internationale en sismologie au Japon, pour «coordonner tous les efforts en matière de connaissance des séismes et des tsunamis, et des mesures de prévention et d'éducation à développer en direction des populations pour y faire face», a-til indiqué. L'Algérie, dont le nord est situé dans une zone sismique, est régulièrement affectée par des tremblements de terre. Alger et sa région avaient été frappées, le 21 mai 2003, par un violent séisme de magnitude 6,8 qui avait fait 2 300 morts et plus de 10 000 blessés. (M'sila) ainsi que la commune de Bendaoued (Bordj Bou-Arréridj) seront passés au crible.
Le séisme et après
La première secousse enregistré vendredi dernier à 13h20m a été ressentie par plusieurs commune des wilayas de M'sila, de Bouira et de Bordj Bou-Arreridj. À l'entrée de la ville de Beni Ilmène, une localité situé à 43 km de la wilaya de M'silla, la mosquée qui surplombe plusieurs habitations a été totalement détruite. Plusieurs habitations, notamment celles construites en toub, se sont effondrées. Les maisons construites en dur ont subi des fissures. «Il y avait beaucoup de peur et de panique que de mal. La secousse a duré plus qu'une minute. La population a bien ressenti la secousse», témoigne un citoyen. Un peu plus loin, plusieurs édifices publics, écoles, CEM, centre culturel et le siège de l'APC ont été aussi endommagés. Des citoyens rencontrés donnent toujours l'air pris de panique, d'autant que nombreux étaient ceux qui ont passé la nuit à la belle étoile au premier jour du séisme. Au centre-ville, la Protection civile a installé son quartier général pour apporter aide et soutien à la population locale. Des centres médicaux avancés, sous forme d'hôpital ont été improvisés par les éléments de la Protection civile. Dans cette paisible commune, le séisme a fait, selon le directeur des secours au niveau de la Direction de la Protection civile de M'silla,
Baatchiai Mouhamed, 2 morts (une femme et un homme) et 41 blessés. Sur le plan matériel, on enregistre jusqu'à avant-hier 184 maisons endommagées, 3 mosquées, 5 établissements scolaires et un centre culturel. La réplique de magnitude 5 enregistrée dimanche matin dans la localité d'Ouanougha a aussi son lot de dégâts matériels.
Selon un bilan arrêté avant-hier par la Protection civile, la secousse a causé des blessures à 24 personnes et a endommagé 154 habitations, 15 établissements scolaires, 16 mosquées, 4 établissements de santé et 2 annexes APC.
Côté prise en charge, les citoyens ont tenu à saluer les efforts consentis par les autorités, notamment la Protection civile. C'est ainsi que dès les premières heures du séisme, des aides affluent de partout vers le lieu du drame. Selon M.Baatchaia, pas moins de 1 000 tentes ont été distribuées au profit des familles «les plus touchées». D'autres tentes sont également en cours de distribution pour les familles qui refusent de regagner leur domicile par crainte des répliques. L'acquisition de tentes se fait, selon des citoyens et des responsables de la Protection civile, de la manière la plus crédible. Une commission, composée de responsables de la commune, de la Gendarmerie nationale et les comités de communes est chargée d'accomplir cette lourde tache. En faisant le voyage jusqu'au bout de ces contrées sinistrées, nous avons constaté également que le problème de l'approvisionnement de la population en denrées alimentaires ne s'est pas posé lors de ce drame. Des produits, à l'image du lait, du pain, de l'huile, du sucre et des yaourts étaient distribués aux sinistrés.
L'effet «homme en bleu»
Comme à chaque catastrophe naturelle, la Protection civile était la première à avoir dépêché ses troupes aux endroits sinistrés. Il semble que cette institution a tiré les enseignements des expériences précédentes, inondations de Bab El Oued et séisme de Boumerdès. L'efficacité et la manière des éléments de la protection civile de gérer les crises ne cessent de se confirmer au fil des jours. «Dès la réception du message, deux unités limitrophes sont intervenues 20 minutes après la secousse.
Après le premier constat, on a demandé du renfort de l'unité centrale de la direction générale. A 17 h on a installé un poste médical et un poste de commandement», souligne le premier responsable de la Protection civile de la wilaya de M'sila. «Notre travail a été difficile d'autant plus que la population était très choquée», poursuit-il. Le jour même du séisme, des renforts et du matériel d'appui en provenance des wilayas de Bouira et de Boumerdès arrivaient sur place. Rien que pour la commune de Beni Ilmène, 12 engins de différents types et 14 ambulances ainsi 150 agents étaient mis au service de la population. La prise en charge psychologie que des citoyens choqués par la réplique n'a pas été négligée par la Protection civile. Face à la situation de psychose, la Protection civile a décidé de mettre sur pied une commission de soutien psychologique pour apaiser les populations sinistrées et contribuer à restaurer la quiétude. Deux autres quartiers généraux des éléments de la Protection civile, dotés de centres de soins, ont été également installés dans les communes Ouanougha et de Ben-daoued.
L'arrivée du directeur général de la Protection civile au lendemain de la catastrophe, le colonel Mustapha Lahbiri, en compagnie du ministre de la Solidarité nationale et du ministre délégué chargé des Collectivités locales a donné une autre motivation aux agents pour accomplir leur tâche. Le capital expérimental du colonel a fait de lui une icône dans le domaine de la gestion des catastrophes naturelles. Aussitôt arrivé, ce dernier a supervisé le centre de commandement et de secours, installé pour la circonstance. Ainsi, le DG de la Protection civile s'est arrêté également sur les moyens logistiques dégagés pour secourir les sinistrés. «C'est grâce à l'efficacité de nos agents et les moyens mis en place que nous assurons avec succès notre mission», aexpliqué le commandant Achour. Le nombre d'agents mobilisés lors de cette catastrophe es t estimé à 210. «D'autres moyens sont prêts à à être mobilisés», dit-il. La Protection civile ne s'est pas limitée uniquement aux missions qui lui ont confiées, car elle s'implique aussi dans des tâches qui ne sont pas les siennes. Hormis les secours et le soutien psychologique, les éléments de la Protection civile apportent leur aide aux citoyens dans l'installa- tion des tentes. Ils soutiennent également les autorités locales dans la distribution des denrées alimentaires. Bref, ils sont sur tous les fronts. «Notre mission consiste à intervenir et à secourir. Si on est là, c'est pour mettre nos moyens logistiques et apporter notre concours aux autres. En plus, la population est affectée psychiquement. Elle est besoin d'être rassurée», explique le commandant Achour.
Trop de répliques trop de panique
Selon le directeur général de la Protection civile de la wilaya de M'sila, le nombre de répliques enregistrées depuis la premier secousse est estimé à 54 de magnitude de 1.5 à 5 sur l'échelle de Richter. Ces nombreuses répliques ont empoisonné la vie des citoyens. Les conversations sur le séisme sont les plus courantes dans chaque groupe de citoyens. Le premier souci de tout un chacun était de se procurer une tente à dresser dans la rue, bien que leurs demeures ne soient pas affectées par le séisme. La plupart des campeurs interrogés disent ne pas savoir jusqu'à quand ils comptent rester dans les campements, indiquant cependant attendre une «accalmie des secousses». Tout en affirmant qu'ils croient bel et bien en le destin et sa fatalité, les habitants des campements font remarquer toutefois qu'il serait imprudent de se mettre sous un toit ces jours-ci, surtout la nuit.
Après avoir passé la journée normalement dans leurs maisons, les habitants s'empressent au coucher du soleil de descendre couvertures et lits dans les tentes pour y passer la nuit. Des psychologues mobilisés pour la circonstance ont expliqué qu'ils avaient souvent constaté une telle psychose s'installer parmi la population après un tremblement de terre et que c'est souvent la première secousse qui est meurtrière et que les répliques sont rarement assez puissantes pour occasionner des dégâts.
Ben-daoued,une localité sinistrée avant même le séisme
Lors de notre séjour, nous avons constaté que la commune de Ben-daoued, l'une des localités affectées par le séisme est la plus touchée par ce drame même si elle n'a enregistré aucun décès.
Cette localité, situé à 73 km de la wilaya Bordj Bourg Arreridj (10 km à vol d'oiseau de l'épicentre du séisme), s'est distinguée par les constructions traditionnelles et précaires. Composés de maisons en toub, les villages (Sama, El Harrach, El Anough, H'nana…) de cette commune sont sinistrés avant même le séisme. Ces habitants vivent dans un dénuement quasi-total sur une montagne rocheuse. Ils sont privés des commodités les plus élémentaires.
Les routes menant à cette localité de 12 000 âmes sont impraticables rendant ainsi la vie des citoyens difficile, un véritable cauchemar. Cinq jours après le séisme, la ville n'a pas encore retrouvé son rythme de vie et les séquelles du drame sont toujours omniprésentes. «80% des constructions peuvent s'effondrer d'un moment à l'autre en raison de leur vétusté», affirme le P/APC de la commune, Lebachiche Lakhdar. Concernant les constructions endommagées par ce séisme, on a appris sur place que les services du CTC ont expertisé plus de 180 logements. Cinq autres villages seront également supervisés. .
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