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Djurdjura : La protection civile perce le mystère du gouffre d'Assouil El Moudjahid le 21 Août 2009 (Reportage)

Enseveli au milieu d'un décor féerique, coincé entre de majestueux monts du versant sud du haut du Djurdjura dont celui de Lala Khadidja, le gouffre d'Assouil fait partie des 14 cavités souterraines recensées dans la région de Tikdda (Bouira).
D'une profondeur de 850 mètres, il reste cependant autant mystérieux qu'inexploité du fait qu'il n'a pas été beaucoup « visité » par les explorateurs. Chose qui a poussé la protection civile à organiser pour la première fois une mission d'expédition et d'exploration de ce gouffre pour une période de quatre jours qui s'est étalé du 16 au 19 août. La mission, supervisée de près par le directeur de l'organisation et de la coordination des secours (DOCS) de la direction générale de la protection civile, Mohamed Khellaf, et le directeur de la protection civile de la wilaya de Bouira, le commandant Khelifa Moulay, échoit au « GRIMP-10», le fameux groupe de reconnaissance et d'intervention dans les milieux périlleux de la wilaya de Bouira dont les éléments ont reçu une formation théorique et pratique nécessaire et adéquate pour ce genre de manœuvres. Ils sont appelés à découvrir, au milieu des superbes stalagmites et stalactites qui sont suspendues aux parois rocheuses de la grotte d'Assouil, la vie sous la terre, à moins de 150 mètres, dans un froid glacial.
Le but de cette opération, outre la formation des pompiers,  est de doter cette profonde cavité de la montagne de moyens de sauvetage nécessaires pour parer à tout mauvaise surprise pouvant survenir en procédant à des amarrages et à des repères de fixation qui aideront à la reconnaissance des lieux. « Ça pourrait être utile à l'avenir si par malheur des gens se voient piégés dans ces entrailles car lorsque le gouffre est équipé, l'intervention devient moins difficile », nous explique-t-on du côté de la protection civile. Mais pas seulement dans la mesure où cette entreprise peut rendre service également aux géologues qui veulent fouiner dans ces lieux presque impénétrables.   «Tenter une telle aventure est vraiment fabuleux », nous affirme Salah alors qu'il enfilait la combinaison en attendant le grand saut vers les profondeurs et surtout vers … l'inconnu qui l'attend à – 150 mètre de la surface. Faisant partie de la 1ère équipe du GRIMP dès sa création en août 2006, cet escaladeur sait ce qui l'attend en dessous même s'il n'est jamais descendu. « Déjà, il fait très froid du fait qu'à partir de 35 mètres et au dessous, la température chutera jusqu'à 7° », relève-t-il, dissimulant mal son impatience.« Il faut surtout rester concentré et vigilant jusqu'au bout car on ne sait jamais ce qui peut arriver au milieu des ténèbres et de l'obscurité », explique-t-il avec lucidité, lui qui endosse la responsabilité de chef d'équipe.

Cette dernière comprend au total six éléments pour cette première approche dont quatre d'entre eux font partie du GRIMP-10, un élément issu d'une équipe de spéléologie (science qui étudie les cavités souterraines) et dernier de la fédération nationale des sports de montagne et de l'escalade dont le concours précieux apporté à cette expédition est très apprécié du côté de la protection civile. « Que ce soit la fédération ou les clubs de spéléologie de Bejaia et de Boufarik, leur contribution a toujours été importante et déterminante dans ce genre d'exercices du fait que ces éléments sont plus aguerris et entraînés pour de telles missions », fait-on remarquer. Dotés d'équipements adaptés à ce genre d'expédition, les escaladeurs entament leur descente vers 16 h en cette fin d'après-midi du 16 août. Corde statique, descendeurs, poignée d'ascension ou encore des chevets pour les points de fixation et des triangles d'évacuation, on ne laisse rien au hasard afin de réussir la mission. « Vous voyez, j'ai même pris avec moi des combustibles pour préparer du thé une fois que nous serons en bas », plaisante un membre de l'équipe avant de disparaître au milieu de l'obscurité, imité quelques minutes plus tard par le reste de l'équipe, parti en mission  souterraine…

Du thé à 150 m au-dessous de la surface…

Et après huit heures d'exploration, le premier élément remonte à la surface vers minuit. C'est notre ami Salah qui surgit du néant avant que les autres ne le suivent au fur et à mesure, le dernier étant arrivé vers le coup de 1 h 15. « C'est une sensation extraordinaire », résume Salah qui se dit émerveillé par les nombreuses galeries et autres puits qu'ils ont découvert en bas. « Là où j'étais, vous ne pouvez pas savoir s'il fait jour ou nuit tellement l'obscurité est votre fidèle compagnon. Et puis, j'ai remarqué que le temps passe vite… », raconte-t-il sous l'émotion.
Le lendemain, une deuxième équipe se prépare à prendre le relais et parmi les escaladeurs, on retrouve … Salah mais surtout deux jeunes femmes qui font parties du GRIMP-10, en l'occurrence Khoukha et Hafida lesquelles semblent sereines et décontractées. « Nous sommes prêtes pour la grand aventure », lancent-elles avec sourire. Pas loin des deux femmes escaladeuses, le DOCS apprécie cette volonté qu'elles affichent et estime que ceci traduit on ne peut mieux la politique de la direction générale de la protection civile orientée vers la formation et la prise en charge de tous les risques possibles. A propos de cette expédition, Mohamed Khellaf trouve qu'il est tout à fait normal que des équipes de l'envergure du GRIMP voient le jour du fait que notre pays recèle de nombreux gouffres et autres grottes et cavités souterraines. « Certes, ce sont des sites qui valorisent sans doute le tourisme de montagne mais il faut bien de notre côté sécuriser ces lieux qui sont fréquentés par les sportifs, les spéléologues et aussi les géologues »,  notera-t-il en soulignant au passage que sa direction générale a lancé un important programme d'équipement de matériel consistant et adapté pour les dix équipes de GRIMP qui ont été créées à ce jour. En attendant, les escaladeurs prennent du plaisir à découvrir les mystères de la vie souterraine du gouffre d'Assouil qui préserve jalousement ses trésors…

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Premières femmes membre du «GRIMP» : Hafida et Khoukha n'ont pas peur du vertige…

Souriantes et détendues, Hafida et Khoukha ne donnent nullement l'impression qu'elles sont sur le point de descendre le gouffre d'Assouil. Et pourtant, elles piaffaient d'impatience lorsque nous les avons rencontrées dans les parages du site du camping improvisé par la protection civile à l'occasion de l'organisation de l'expédition du gouffre en question. « C'est une aventure que nous attendons depuis longtemps », justifient-elles leur engouement à une telle opération qui est généralement l'apanage du seul homme.
Le lieutenant Hafida Laouadi (31 ans) et l'agent Khoukha Kaci (26 ans) sont en effet les deux seules femmes qui font partie du GRIMP de la protection civile, le Groupe de Reconnaissance et d'Intervention dans les Milieux Périlleux. Originaires toutes deux de la wilaya de Bouira, elles expliquent cette passion pour ce genre d'exercice et leur nature « d'aventurières » et de passionnées de tout ce qui trait à l'escalade, même si au début, elles nourrissaient quelques appréhensions, ce qui est en somme normal. « En tout cas, je suis très curieuse de ce qui m'attend en bas », affirme le lieutenant Hafida qui considère que les interventions opérées par les éléments du GRIMP ne sont pas comme les autres. « Ça nécessite une technique à part et une grande patience », estime-t-elle, tout comme sa compère Khoukha qui pense que ce type d'interventions est très « passionnant ».

La preuve par le GRIMP

Le Groupe de reconnaissance et d'intervention dans les milieux périlleux (GRIMP), connue sous l'appellation du GRIMP, a été créé par la direction générale de la protection civile en août 2006. Sa mission première est d'intervenir en cas d'accidents qui interviennent dans des milieux naturels périlleux, à l'accès difficile et qui nécessitent un matériel spécial et adapté. On pense notamment aux falaises, aux montagnes et autres cavités souterraines et grottes profondes.
Ces éléments qui ont passé de 10 à 27 éléments ont reçu une formation théorique et pratique, nécessaire pour répondre à ses missions. Le GRIMP est sollicité pour intervenir également dans des milieux artificiels tels que les bâtiments d'habitations, les immeubles de grandes hauteurs, les ponts, les structures industrielles ainsi que pour l'assistance dans toutes les difficultés liées au cheminement.
Après la première école qui a vu le jour à Bouira, le corps que dirige le colonel Lehbiri a entrepris un programme de formation d'autres équipes du GRIMP dans une dizaine de wilayas (Blida, Constantine, Jijel, Tindouf…) et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin d'autant que le genre d'accidents qui nécessitent l'intervention du GRIMP peuvent intervenir à longueur d'année, en raison des caractéristiques et de la topographie de notre pays (falaises, grottes, montagnes…).
Ayant subi plusieurs exercices et manœuvres de simulation dans des régions escarpées et montagneuses, à l'image des monts de Tikjda, les falaises de Constantine ou le mont de Hoggar, les éléments du GRIMP se sont déjà mis en évidence et comptent de nombreux hauts faits. On peut citer à ce propos l'intervention de premier ordre qu'ils ont effectuée lors du sinistre accident ferroviaire du tunnel de Lakhdaria (Bouira), en mars 2008, suite à la collision  entre une locomotive et un train de marchandises, le repêchage, en décembre 2007, d'un corps sans vie du fond de oued Rhummel de Constantine ou encore le sauvetage, en décembre 2008, de cinq personnes d'une même famille bloquées dans une montagne à Tikjda.

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