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Spécialistes et professionnels autour d'une table ronde à El Moudjahid sur la gestion des risques majeurs.

Forum El Moudjahid le 16 Février 2010

Appel au strict respect des normes de construction parasismique

La table ronde organisée, hier, par le centre de presse d' El Moudjahid, a regroupé d'éminents spécialistes en matière de prévention des risques majeurs. Le Professeur Chelghoum Abdelkrim, spécialiste en génie parasismique dynamique et sismologie, consultant international. Le Dr Mohamed Belazougui, directeur général du Centre national de recherche appliquée en génie parasismique. M. Yellès Chaouche, directeur général du Centre de recherche en astronomie astrophysique et géophysique (CRAAG). M. Ambar, chef de division, assistance générale à l'Office national de la météorologie (ONM). M. Bouandel El Hachemi conseiller au ministère des Ressources en eau, le lieutenant Chergui Abdelkader, chef de bureau des risques naturels à la direction générale de la protection civile.

L'activité sismiques manifeste toute l'année

Le directeur général du CRAAG, M. Yellès Chaouche, évoquant le risque sismique, rappelle que l'activité sismique se manifeste tout le long de l'année, cela fait partie de l'activité de la Terre, dira l'orateur. M. Yellès Chaouche souligne que nord de l'Algérie est sismique. Il y a une activité au quotidien. Aujourd'hui à traversle monde on a pu comprendre et comparer l'activité sismique. Il y a des travaux de recherche à ce sujet qui ont été développés. Cette activité se concentre entre les grands continents par le biais de plaques tectoniques. Elles se situent dans des zones bien localisées. A titre de comparaison, on s'est aperçu que le Japon, l'Indonésie, la Grèce, la Turquie, l'ouest des Etats-Unis, la bordure sud-américaine sont fortement sismiques, dans d'autres zones, l'activité est moins importante. Les grands séismes de 7 et plus à l'échelle de Richter, sont de faits tout à fait rarissimes. Les séismes inférieurs à 7 sont fréquents, cela est lié à la vie de la planète. Il y a une activité sismique continue qui libère de la chaleur.

Haïti se trouve dans une zone à grand risque

Evoquant le cas de Haïti, M. Yellès Chaouche note que ce pays se trouve situé sur la plaque des Caraïbes. Il dispose de conditions géologiques et sismiques particulières. Le Nicaragua, le Mexique, sont des pays également particulièrement exposés. En Algérie, on rappelle que le nord du pays est concerné par une activité sismique continue (une secousse à deux par jour) une moyenne de 50 à 70 par mois. Ces microsecousses sont parfois ressenties. L'Algérie a été parfois concernée par une forte sismicité, même si elle est espacée dans le temps.

La prévention est capitale

La nécessité d'une politique de prévention est un point capital dans le domaine sismique. Notre rôle explique le directeur général du CRAAG est de maintenir intacte la et d'inventorier les actions à mener pour une meilleure coordination des efforts. Intervenant à son tour, le professeur Abdelkrim Chelghoum a listé 11 cas relevant durisque majeur auquel est confronté le pays. Ils sont divers par type de régions. Le nord de l'Algérie est à 100% sismique, rappelle l'orateur. C'est un résultat clair. La prédiction est importante, dit-il. Le seul problème qui se pose est celui de la prévention. Ces petits séismes ont l'effet d'une cocotte minute, dont on soulève le couvercle. Soulevant la question de l'impact depuis 2003, date où s'est produit le séisme de Boumerdès, le Pr Chelghoum souligne qu'une commission a été installée au lendemain du séisme pour la prise en charge des risques majeurs.

Une loi restée sans application

Une loi a été promulguée dans ce sillage, mais n'a pas trouvé d'application à ce jour. Or, cette loi est aujourd'hui dépassée. Elle nécessite donc des aménagements et enrichissements. En matière d'impact sur les grands projets, le Pr Chelghoum se déclare très réservé. Tout n'est pas réglé encore.

90% des projets ont été réalisés sans débat sectoriel

Pour lui, 90% des grands projets ont été conçus sans un véritable débat où auraient été impliqués spécialistes et représentants de la société civile pour évaluer les risques. L'orateur rappelle pour mieux frapper les esprits qu'il y a eux semaines, il y a eu aux Etats-Unis l'explosion d'une centrale électrique à gaz qui a vu sonimpact, atteindre 15 km de rayon. En Algérie, il y a la centrale électrique du Hamma sur laquelle il faut se pencher, les usines de dessalement d'eau de mer, à Annaba, à Constantine, etc. Il s'agit partout de qualifier l'impact sur le tissu urbain. Le Dr Belazougui parle de son côté de prévention des risques et des mesures préventives à prendre, comment aussi parvenir à avoir des impacts réduits.

Prise de conscience au lendemain du séisme de Chlef

Pour l'orateur, c'est en 1980, au lendemain du séisme de Chlef qu'il y a eu une prise de conscience de ce type de catastrophe. Une réflexion a été engagée pour qu'une réelle politique de prévention soit mise en place. La commission qui a été installée à pris un certain nombre de dispositions pour une réelle réduction des risques. Il y a eu création d'un centre d'études et de recherches pour la réduction des risques. Il y a eu une autre acquisition avec la création de labos. Le centre a été destiné à de la recherche appliquée notamment. Une réglementation a été élaborée.

 

  L'Algérie est le seul pays arabe et africain dotée d'une réglementation

Le Dr Belazougui note que l'Algérie est le seul pays ara

be et africain à disposer d'une telle réglementation et de son application sur le terrain. Reste alors le système de contrôle et d'alerte. L'orateur parle du CTC et des études sur le terrain qu'il entreprend. Pour les constructions privées, il y a depuis 2003, on constate un certain progrès notamment en ce qui concerne la gestion de l'urbanisme et de l'obligation de disposer d'un permis de construire pour entreprendre toute forme de construction. La loi sur l'urbanisme est de ce point de vue très contraignante, puisque en cas de non possession d'un permis de construire, l'autorité locale est habilitée à entreprendre la démolition de l'ouvrage dans les huit jours qui suivent la signification au propriétaire de quitter les lieux. En cas de défaillance de la part de l'autorité communale, c'est la wilaya qui doit se charger de l'opération. Les autorités doivent de ce point de vue être intransigeantes signale l'orateur. Le dossier pour l'attribution d'un permis de construire doit comprendre les plans d'architecture et les plans de structures. Ces plans doivent être respectés si la rigueur est là, en matière de réglementation, il reste la surveillance sur le terrain. Il y aura l'apport de de la recherche expérimentale pour l'ensemble des risques. La commission a fait des propositions en matière d'intervention des secours et de prévention des risques majeurs. Pour l'orateur, le décret portant sur la prévention n'a jamais été appliqué.

Absence d'une structure de coordination

La commission Aktouf, du nom de l'ancien wali de Chlef, a proposé la mise en place d'une structure de coordination. Par ailleurs, l'ONU ayant décrété la décennie 90, décennie internationale pour la prévention des catastrophes naturelles, un comité national devait être créé par pays. En Algérie, ce comité a été installé. Il a fonctionné entre 1990 et 1999. Il y a eu mise en place d'une coordination informelle, alors que l'on avait besoin plutôt d'une coordination institutionnelle. Pour l'orateur, les responsabilités, au titre de la prévention des risques majeurs, doivent être partagées. Beaucoup de secteur doivent être concernés. Le contrôle au niveau local est déterminant. Au niveau international, il y a eu beaucoup de progrès. En janvier 2005, il y a eu création d'une plate-forme pour la gestion des risques majeurs avec des points particuliers en matière de réduction des risques, de prévention des risques industriels, les systèmes d'alerte, l'intervention des secours. En Algérie, la loi du 25 décembre 2005 fixe tout ce que le pays doit faire en matière de prévention des risques majeurs. Il faut mettre en route tout cela, fait remarquer le Dr Belazougui.

Un immense travail reste à faire

Il reste un immense travail à faire, note-t-il, pour mettre à exécution ce qui est prévu part la loi. Il faut aussi des incitateurs, la mise en place de la délégation aux risques majeurs, prévue par les textes. Dans son intervention, M. Ambar, chef de division assistance générale au niveau de l'Office national de la météorologie (ONM), relève que l'Algérie, de par sa position géographique, reste soumise aux perturbations atmosphériques. Il n'y a là rien d'anormal, fait remarquer l'orateur. Par le passé, on a connu des événements météo très sévères. M. Ambar relève que si on suit la courbe des événements météorologiques, tout cela est régi par un système planétaire dans lequel est insérée l'Algérie. Aujourd'hui, on assiste à une série de perturbation, de bouleversements sur le plan climatique et climatologique qui méritent une attention soutenue et des mesures de prévention.

 

Les phénomènes climatiques restent imprévisibles

Pour M. Ambar, les phénomènes météo restent néanmoins imprévisibles. Des systèmes d'alerte précoce sont cependant mis en place. Il s'agit-là d'une sécurité. Pour la prévention, la nature des constructions doit sebaser sur la climatologie locale. Evoquant le cas de Haïti, l'orateur fait remarquer qu'au niveau des Caraïbes, il y a une très forte dépression atmosphérique. Il y a un blocage lié à des conditions météo tout à fait exceptionnelles. Concernant l'activité au sein de l'ONM, on est obligé, relève M. Ambar, de répondre à des préoccupations quasi quotidiennes. Pour l'orateur chaque risque a son système d'alerte. Il a évoqué la lutte antiacridienne et rappelé

que chaque fois qu'il y a eu une menace, un ensemble de moyens est mis en place. S'agissant des inondations, nous travaillons sur ce cas, note l'orateur.

Une veille permanente

Il y a une veille permanente. M. Ambar rappelle que l'existence d'une institution de coordination reste particulièrement souhaitable. Intervenant de son côté, M. Bouandel El Hachemi, conseiller au ministère des Ressources en eau, a évoqué la situation des barrages et les mesures préventives à prendre. Les pluies, la pression de l'eau peuvent provoquer des ruptures. Au niveau de la conception, il y a toujours des normes à caractère international à respecter et des mesures préventives à prendre (remplissage par paliers). Des mesures d'alerte peuvent être prises en cas d'une situation extrême dans un site précis (crues par exemple).

Prévention, formation et sensibilisation

Pour le lieutenant Chergui Abdelkader, chef du bureau des risques naturels à la direction générale de la protection civile, la protection civile intervient dans la gestion des catastrophes de risque groupes de risques. En matière de prévention, on insiste sur le formation et la prévention, la sensibilisation pour la connaissance du risque sismique. Il y a aussi la sensibilisation de la population qui reste importante à concrétiser.

L'orateur a rappelé que lors de la commémoration de la Journée mondiale de la protection civile, une série de manifestations se déroule avec organisation de portes ouvertes notamment. Nous avons des conventions avec le ministère de l ' I n t é r i e u r mais aussi avec celui de l'Education nationale pour la prévention des risques majeurs en milieu scolaire.

Lieutenant Chergui Abdelkader

Un matériel sophistiqué

Concernant la gestion des catastrophes, la protection civile s'est dotée, selon l'orateur, d'un matériel adéquat, et la création de détachements et de caravanes de sensibilisation. L'orateur a rappelé les différents plans mis en Tmuvre dans le cadre de la prévention et de la gestion des risques (plans ORSEC notamment). Il y a des modèles d'intervention,dit-il.

Préserver et développer les espaces

Dans le débat, M. Bouandel, conseiller au ministère des Ressources en eau, en répondant à une question sur la gestion des risques de catastrophes, a évoqué la nécessité de préserver et de développer les espaces. Il y a un travail de coordination qui est accompli avec la direction générale des forêts pour prévenir les phénomènes de l'érosion, les défrichements, pour limiter aussi le charriage des barrages. L'orateur a évoqué aussi l'existence de gaz nocifs de la nécessité de l'utilité des opérations de reforestation, des groupages illicites. Il y a une police des eaux. Il y a une loi qui existe aussi. Pour l'orateur il faut doter cette police d'un statut qui lui donne un pouvoir d'intervention. M. Bouandel a expliqué aussi que dans la construction des barrages on ne touche à rien, sauf aux arbres qui sont dans le bassin. il peut y avoir déplacement d'espèces de végétation parfois d'un point à un autre. Le taux de remplissage des barrages se situe aujourd'hui à 66%. En 2005, il était de 42 à 43%, 14 barrages sont remplis à 100%, 10, le sont à 80%, 15 à 50%.

La responsabilité appartient au maître d'ouvrage

Dans ses réponses aux préoccupations de l'assistance, le Pr Chelghoum, note que la responsabilité en matière de réalisation d'ouvrages appartient au maître d'ouvrage. Il y a des études très poussées à mener, techniques et géotechniques. Le Pr Chelghoum Abdelkrim rappelle que les grands projets structurants n'ont jamais fait l'objet de débat technique national. Il souligne qu'en Grande-Bretagne pour la réalisation d'un projet qu'on peut évaluer à 100 millions de livres, sa réalisation est assujettie à un débat qui occupe beaucoup d'architectes indépendants, la vie associative. Chez nous tout se fait au niveau étatique. Personne n'est consulté, cette situation a forcément un impact sur l'aspect urbanistique. Il y a aussi le problème de la sécurité qui est posé.

Le tracé de l'autoroute Est-Ouest : on aurait pu en débattre

Evoquant le tracé de l'autoroute Est-Ouest, le Pr Chleghoum note que le tracé aurait dû être débattu au niveau

national. 200 experts connus n'ont pas été consultés. Il y a en a d'autres très certainement. L'orateur a aussi évoqué l'existence d'un autre grand projet à l'ouest du pays, une centrale électrique pour laquelle les travaux ont commencé, et les concepteurs confrontés à des difficultés en mer. Le projet s'est arrêté pendant quelque temps avant qu'il ne reprennent après que nous soyons intervenus pour régler les types de problèmes qui se sont posés. Tout cela parce qu'il y a eu absence de consultation préalable. L'orateur a ensuite évoqué les conditions de la circulation routière en raison de la très forte pression urbaine.

Deux fois plus de victimes que le séisme de Boumerdès

Il souligne que la circulation routière fait deux fois plus de victimes, par an, que le séisme de Boumerdès. Pour M. Yellès, intervenant dans le débat, deux faits sont à constater : la concentration de la population et la concentration par rapport à notre bâti. On a toujours demandé à aérer, relève le directeur général du CRAAG. Le premier système d'alerte, c'est la prévention, soutien M. Yellès Chaouche qui insiste à dire qu'il y a nécessité d'aérer et de déconcentrer. Il faut absolument que dans les années à venir, des activités économiques et commerciales soient délocalisées. Pour l'orateur, une ville doit être spacieuse, disposer d'un espace vital conséquent pour atténuer les risques. M. Yellès Chaouche a évoqué aussi la nécessité d'avoir des espaces verts qu'il faut impérativement préserver. Or, il y a pression sur ces espaces. Surcharge et surconcentration, sont le lot de beaucoup de nos villes. La prévention est essentielle. Des stratégies peuvent être élaborées et il existe une expertise nationale.

 

Tout le monde doit être acteur

Pour l'orateur, tout le monde doit être acteur. Il ne faut pas faire, certes, dans le fatalisme ou dans l'alarmisme, mais là nous sommes dans la réalité. Le citoyen doit être acteur dans l'acte décisionnel. Il faut y aller crescendo, dira M. Yellès Chaouche qui reconnaît qu'il s'agit d'une politique de longue haleine. Il s'agit en l'occurrence d'un effort au quotidien. Le risque touche le côté urbanistique et il faut éviter ce qui peut contrarier la nature. Ce fut le cas à travers ce qui s'est passé à Ghardaïa. On a voulu aller à l'encontre de la nature. Cela montre combien il est important de ne pas trop perturber la nature.

Déforestation, désertification : les dangers qui se profilent

Le directeur général du CRAAG parle des dangers que représente la déforestation, la désertification qui menace des terres. Dans son intervention comme contribution au débat, M. Khaldoun, urbaniste et consultant international, relève que les risques sont reconnus avec le temps. Leur chiffre augmente aussi (risques naturels, techniques et technologiques. On a vu que les tempêtes de neige constituaient des risques majeurs (risque climatiqueavec enneigement). Pour l'orateur, l'Algérie a formé des compétences qui peuvent intervenir dans la gestion des risques et dans leur réduction. L'orateur a parlé en matière de risques, de risque principal et de risques collatéraux. Il y a, dit-il, une intersectorialité en matière de risques. M. Khaldoun insiste, lui aussi, sur la nécessité de faire intervenir toutes les compétences et les représentants du mouvement associatif dans un débat national sur la conception des projets structurants. La protection civile est particulièrement concernée. Au nord, le risque est plus grand dans le pays où il y a de fortes concentration de populations.

L'aménagement du territoire accuse des retards graves

On évoque également, dira M. Khaldoun, les questions d'aménagement du territoire mais sur le terrain on est encore en régression. La population a été multipliée par trois depuis l'Indépendance, et en ville, la multiplication est de 8. Toutes les communes ont fait l'objet de plans urbains, mais on constate qu'en matière de qualité du travail, les anciens plans ont été mieux conçus que les nouveaux. S'agissant de la reconnaissance du risque, les compétences existent. Pour l'orateur, il y a nécessité de développer la culture du risque, cela se fait au travers de campagnes de sensibilisation où le mouvement associatif doit jouer un rôle non négligeable. La surconcentration est un risque majeur Pour M. helghoum, le gros problème aujourd'hui est dans la surconcentration des populations et des activités économiques et commerciale. Boumerdès est la ville la mieux urbanisée du pays. Les autorités ont pu porter secours auxpopulations. Imaginons la même situation dans d'autres régions du pays où se posent les problèmes de surconcentration. L'orateur rappelle ce qui est entrepris ailleurs et cite le projet gigantesque de réaménagement de Paris, engagé par les autorités françaises. Une commission est en place pour juger de tous les aspects à travers une très large consultation àtous les niveaux.

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