
ILS VEILLENT SUR LA QUIÉTUDE DES ESTIVANTS
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Ils defient quotidiennement le grand bleu : Les maîtres nageurs ces anges gardiens Horizons le 04 Août 2010 (Reportage)
En ce début du mois d'août, la paisible plage de Chenoua, wilaya de Tipasa, subit des attaques de vagues ininterrompues. La saute d'humeur et les caprices de la grande bleue durent depuis pratiquement deux jours.
La houle et les courants de fond, excités par les vents d'est, ont rendu pour ainsi dire les eaux de couleur turquoise de ce beau site inhospitalières. Les maîtres-nageurs ont hissé, dès la matinée, le drapeau rouge sur l'ensemble des mâts jalonnant le grand rivage aux sables dorés de Chenoua. Théoriquement, le drapeau rouge est synonyme de baignade interdite. Mais qu'en est-il réellement à Chenoua ? A priori, le respect des consignes de la nage est le cadet des soucis de nombreux estivants venus planter leurs parasols ici. Ni la force des vagues, encore moins les rappels à l'ordre répétitifs des agents de sauvetage de la Protection civile affectés sur place, n'ont pu dissuader les baigneurs, grisés jusqu'à l'inconscience par le plaisir que procure la mer. Le pire dans tout ça est le fait de voir des enfants d'à peine dix ou onze ans barboter inconsciemment dans l'eau déchaînée, sous le regard, parfois amusé, de leurs parents.
« Nous sommes venus de Médéa jusqu'ici pour profiter de la plage. Et ce ne sont pas quelques vagues qui vont nous en priver. Et puis, nous nous sommes pas les seuls à braver le danger», justifient deux jeunes leur non respect des consignes des hommes de la Protection civile. Et pourtant, à peine la discussion achevée, qu'un maître-nageur se lance précipitamment dans l'eau, sous le regard curieux des estivants. Il vient, en effet, d'apercevoir une jeune fille en difficulté. Les vagues qui la ballottent dans tous les sens, la menacent d'une noyade certaine. Il faut agir vite et surtout avec professionnalisme, car les eaux de Chenoua réservent souvent de mauvaises surprises aux apprentis héros. Bilal, le maître-nageur qui est parti au secours de la jeune fille, .... .
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connaît parfaitement les pièges que camoufle si bien le fond des eaux de la plage. Pour la secourir, il est obligé de faire tout un détour à la nage. Sans difficulté apparente, il délivre enfin la victime d'entre les vagues et les forts courants qui l'aspirent vers le bas. Cependant, sa mission de sauvetage n'est pas à son terme, puisque sur le chemin de retour il a sauvé un autre baigneur de la noyade. Celui-ci, âgé de 12 ans était sur le point d'être charrié vers le fond par les courants. Hors de tout danger, les deux baigneurs ont reçu les soins appropriés sur place par l'équipe des sauveteurs de l'un des cinq postes de secours aménagés par la Protection civile sur la plage s'étendant de l'extrémité ouest de Chenoua jusqu'à Matarès. «Il n'est que 10h15mn et on est à notre première intervention sérieuse dans l'eau. La journée d'aujourd'hui s'annonce apparemment difficile comme celle d'hier. La vigilance est donc de mise», confie Omar Zouaoui, le chef de poste I de la plage de Chenoua. Ce dernier, âgé de 39 ans, pratique le métier de sauveteur depuis 1992. Avant d'être maître-nageur, il est d'abord un agent de la Protection civile. Sa mission comme tous les ans, depuis 18 ans, consiste à veiller avec son équipe composée de six surveillants de plage saisonniers, sur la vie des baigneurs fréquentant l'une des parties les plus dangereuses du rivage maritime de toute la wilaya. Pour le commun des estivants, toutes les plages à quelques degrés près se ressemblent. Couvertes de sables fins ou de petits galets, l'essentiel pour beaucoup est qu'elles mènent toutes, lorsque la canicule flambe le mercure, aux eaux rafraîchissantes de la méditerranée. «Au contraire de nombreuses plages, les eaux de Chenoua renferment moult pièges dans leurs fonds. Les baigneurs non avertis, ou pire ceux qui font fi des consignes, peuvent en être des victimes à tout moment, notamment lorsque la mer est agitée», met en garde le chef de poste I.
Comment sont recrutés les maîtres-nageurs ?
On ne devient pas un maître-nageur du jour au lendemain. Pour y parvenir, il faut passer par des tests d'aptitude. D'abord, les candidats subissent une présélection au terme de laquelle, la commission de la Protection civile qui supervise le déroulement de l'opération élabore une liste nominative préliminaire des personnes jugées aptes physiquement à exercer le métier de sauveteurs. Pour les recalés, leur aventure s'arrête à ce niveau. Les candidats admis prennent ensuite part à un concours comportant des épreuves de natation, d'endurance et de sauvetage en mer. Les lauréats suivent enfin une formation qui varie de 10 à 21 jours. Ils apprendront toutes les techniques et gestes de sauvetage ainsi que les méthodes d'assistance et de premiers soins. Ce n'est qu'au terme de ce parcours difficile qu'on devient enfin sauveteur.
Comment devient-on chef de poste ?
Dans une équipe de maîtres-nageurs il y a toujours un chef. Pour occuper sa fonction et avoir l'honneur d'endosser le tee-shirt jaune, il faut appartenir au corps de la Protection civile. Mais le premier critère pour y prétendre est d'être un professionnel. En conséquence on ne trouvera jamais un agent de sauvetage saisonnier à la tête d'un poste. Toutefois, un agent saisonnier qui cumule une expérience appréciable peut le seconder.
Les pièges de Chenoua
Ce danger latent qui se manifeste dangereusement lorsque la houle se fait pesante sur la plage, provient des canaux qui burinent le fond des eaux proches de la plage Chenoua. En effet, les lits des cinq oueds qui se prolongent dans la mer sont traversés, surtout en cas de mauvaises conditions climatiques, par de forts courants qui se transforment facilement en tourbillons. La jeune fille sauvée par Bilal a été surprise par le courant au moment où elle nageait à proximité d'un canal de fond. « J'étais obligé de contourner le canal sous marin pour la sauver.
C'est le seul moyen pour porter secours dans ce cas précis à un baigneur en détresse. Nager au-dessus du couloir délimitant l'oued, équivaut à une noyade certaine», avertit Bilal, maître-nageur depuis cinq ans. Pour lui et son groupe de sauveteurs du poste I aucune journée à la plage ne ressemble à une autre, et à plus forte raison lorsqu'il s'agit de Chenoua, une plage fortement fréquentée et surtout appréciée par les milliers d'estivants qui la préfèrent aux autres sites.
Parfois la différence paraît indétectable pour un nageur.
«Hier par exemple nous avions hissé le drapeau rouge. Cas tout à fait normal, lorsque la mer devient très agitée. Le mouvement des vagues ne permettait guère aux estivants de nager. Malgré cela, il y avait parmi eux ceux qui s'y étaient aventurés au détriment de leur vie», regrette Omar Zouaoui.
Et d'ajouter, «Aujourd'hui en dépit de cette amélioration, j'ai décidé de maintenir flottant, sur le mât, le drapeau rouge. Et pour cause, l'accalmie relative observée, même si elle signifie le retour progressif à la normale, recèle des dangers car les courants de fond gagnent en intensité et rendent ainsi les eaux proches du rivage plus dangereuses». Comme il l'explique, au dessus de ces fameux «oueds marins», on remarque que les vagues ne se brisent pas. Elles suivent un mouvement ondulatoire jusqu'à ce qu'elles atteignent la rive. Par contre, tout autour, les lames se brisent en faisant jaillir leurs écumes blanches.
Cette différence à priori superficielle renseigne largement sur la forte activité des courants sous-marins « On interdit formellement aux baigneurs de s'approcher de la zone en question même si la mer n'est pas fortement agitée, car, ils peuvent facilement être sujets à de graves difficultés », insiste Bilal.
Les dures journées des sauveteurs
Passer une journée entière avec les maîtres-nageurs dans une plage n'est pas de tout repos. Pour mériter le tee-shirt rouge du sauveteur il faut, en plus d'une maîtrise poussée des techniques de la nage et une grande capacité d'endurance physique, un sens de responsabilité frisant le sacrifice. « L'un des paramètres importants qui rendent nos interventions plus efficaces est le principe de la solidarité dans le groupe appartenant au même poste de secours. Cette solidarité est souvent façonnée par la complicité qui y règne. L'esprit d'entraide a été souvent déterminant dans la réussite de nos opérations de sauvetage», précise le chef de poste I.
Malgré un métier dur, ce dernier se dit très content et surtout fier. «Je partage ma mission avec huit autres sauveteurs. Nous formons désormais une équipe soudée au sein de laquelle chacun maîtrise parfaitement ses missions et veille scrupuleusement sur son territoire», dévoile M. Zouaoui. Parmi les anciens de ce groupe, Karim Bouras.
A son actif 22 ans d'expérience dans le domaine de sauvetage. Ses amis ne tarissent pas d'éloges lorsqu'ils évoquent les centaines de fois où il a courageusement sauvé d'une mort certaine des vies humaines en mer. L'hardiesse qui l'anime en accomplissant ses missions reste toutefois mesurée. Car, comme il le confie, pour sauver une vie, il faut être vraiment concentré sur son objectif sans tenter des manœuvres inutiles qui peuvent éventuellement fausser le résultat. « Lorsqu'on est sauveteur par vocation on cherche point l'héroïsme. L'essentiel est de réussir sa mission en ramenant le nageur hors du danger», remarque humblement le maître-nageur.
En ce mercredi, le groupe de Zouaoui garde un œil, comme toujours d'ailleurs, sur la zone rocheuse qui prolonge le sable doré de Chenoua. Dans cette partie, normalement interdite à la baignade par arrêté du wali, il n'est pas rare de voir des jeunes par témérité ou par inconscience et même lorsque la mer est “démontée” piquer des plongeons. «C'est dans les zones rocheuses qu'on enregistre le plus de décès par noyade», renseigne à ce propos le lieutenant Michalikh, chargé de communication de la direction de la Protection civile. «On doit constamment surveiller cette zone, car à tout moment un baigneur peut se noyer», insiste Bilal. En plus de la partie de la plage, dont ils sont responsables, les maîtres-nageurs du poste I sont également obligés d'étendre territorialement leur compétence pour porter secours à des estivants qui apparemment ne se soucient point des consignes. « Le sauvetage des baigneurs de la noyade n'est qu'une partie de la mission qui nous est dévolue. On intervient également pour porter assistance et les premiers secours aux estivants qui se blessent. En plus, si une personne s'égare, notamment les enfants, on prend automatiquement les mesures adéquates afin de retrouver ses parents», précise M. Zouaoui.
Comme pour confirmer ses propos, deux jeunes viennent solliciter un membre de l'équipe des sauveteurs pour soigner leur ami âgé de 23 qui vient de se couper le pied en glissant sur un rocher. Sans perdre une seconde, le blessé a été ramené par les surveillants de la plage jusqu'au poste de secours. Sur place, Zouaoui et Bouras, lui ont prodigué les premiers soins avant qu'il ne soit évacué vers une structure de santé proche.
De 9hoo du matin jusqu'à 19h00, et ce depuis le début de la saison estivale, l'équipe du poste I de la plage Chenoua, relève quotidiennement un grand défi. Un chalenge qui l'a mis souvent aux prises avec les caprices de la grande bleue pour sauver des vies humaines. Au retour, ces maîtres nageurs, que le soleil brûlant de l'été a fini par fortement brunir, ne demandent rien.
Sauf peut-être une chose : Que les estivants respectent les consignes de la nage. De s'en abstenir lorsque le drapeau est rouge et aussi de ne pas s'aventurer dans les zones rocheuses interdites à la baignade. «Cela va de leur vie», conclut Bilal.
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