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Reportage Trois jours avec la Protection civile

Trois jours avec la Protection civile Au cœur de l'action ! / La Nouvelle Republique le 01 Août 2010

, «Nous n'avons peur de rien quand il s'agit de sauver une personne de la mort», nous dira un pompier de la ville d'El- Kala.

16h39, après plusieurs heures de route fraîchement bitumée, nous voila enfin aux portes de la capitale de l'Est algérien : Constantine. Direction la ville antique d'El-Tarf où le lieutenant-colonel Ahmed Drardja, directeur de la Protection civile de cette ville nous attendait. Tout au long de la route, des paysages paradisiaques s'offraient à notre vue. Le lieutenant-colonel Drardja nous offre l'occasion d'emprunter, durant trois jours, le casque d'un véritable pompier au cœur de l'action.

L'expérience la plus poignante, vécue durant ce séjour, a été, sans contexte, l'opéra- tion de recherche en pleine mer d'un jeune adolescent ayant était emporté par le courant. Ce terrible accident, selon l'un des plongeurs ayant participé à l'opération de recherche, est survenu le 24 juillet dernier à 8 heures du matin (soit une heure avant le début du dispositif de survivance des plages), lorsqu'un groupe de cinq adolescents, venu de la wilaya de Tébessa, a investi la plage d'El-Mordjane.

Malgré le la mise en garde des éléments de la Protection civile et le drapeau rouge qui a été hissé, les jeunes ont tenu à ne pas retourner d'où ils venaient bredouilles et ont rejoint les premières vagues. malheureusement, un fort courant les a emportés vers le large. A bout de forces et incapables de regagner la plage, les cinq jeunes ont été contraints de se laisser emporter par les violentes vagues vers le large. «Quatre des cinq adolescents ont eu de la chance», a-t-il dit. «Ils ont pu être repêchés de justesse et réanimés.

Le courant et les fortes vagues ne facilitent pas l'opération de recherches. Ces éléments provoquent l'obscurité au fond de l'eau, ce qui empêche les plongeurs d'accomplir correctement leur mission. Actuellement, nous sommes persuadés que le jeune disparu est mort, mais notre conscience nous contraint de retrouver son corps et de le remettre à ses parents», a-t-il rajouté tout en scrutant l'horizon.

«Le plus désolant dans cette histoire, c'est que cet adolescent n'avait pas dit à ses parents qu'il allait entreprendre cette escapade avec ses amis», a-t-il renchéri.

Pas moins de 8 514 maîtres-nageurs, dont 7 239 saisonniers et 1275 nageurs professionnels, ont été mobilisés par la direction générale de la Protection civile.

 

Quelques instants après, une voix a retenti du talkie-walkie du maître-nageur : «Le corps de la victime vient d'être rejeté par la mer à quelques mètres de l'en- droit où il a été englouti par les vagues». Une fois l'information diffusée, l'unité présente dans la plage El-Mordjane a sauté dans l'ambulance et s'est dépêchée à l'endroit où le corps sans vie de l'adolescent a été signalé.

Nous avons pu suivre de très près l'opération. Le plus difficile dans l'intervention des éléments de la Protection civile était d'essayer de canaliser la foule de curieux qui entourait le corps de la victime, afin de l'évacuer vers la morgue de l'hôpital de la ville. A peine cette affaire ficelée, la providence semble ne pas vouloir donner de répit aux huit plongeurs de la Protection civile de la wilaya d'El- Tarf.

Le talkie-walkie du lieutenant-colonel Drardja retentit de nouveau pour annoncer la disparition d'un jeune de 26 ans dans la plage La Misida. Le temps d'arriver sur les lieux, plusieurs semirigides des éléments de la Protection civile étaient déjà à pied d'oeuvre pour tenter de retrouver le corps de la victime, et ce, malgré le déchaînement des vagues. Pour l'un des maîtres-na-geurs rencontré sur le lieu des recherches, «nous n'avons peur de rien quand il s'agit de sauver une personne de la mort». En effet, «entrer en mer dans des conditions pareilles est très dangereux dans la mesure, a-t-il expliqué, qu'un tourbillon s'est déclenchée au large. Il absorbe tout ce qui est dans son rayon.

C'est d'ailleurs la raison de la disparition de ce jeune homme originaire de la ville d'El-Eulma (Sétif)». Venu accompagner deux amis immigrés (mineurs), ce jeune homme de 26 ans a laissé sa vie dans la plage de La Misida. Les deux autres personnes, selon notre interlocuteur, ont été sauvées et évacuées vers l'hôpital. Voici le quotidien de ses milliers d'homme et de femmes qui ont choisi de consacrer leur vie à protéger celle des autres.

142 maîtres-nageurs pour El-Tarf

 12 colonnes mobiles ont été installées au niveau national. (Photo > Raouf Aziri /La NR)

Comme une destinée d'un homme n'a pas de prix, la direction de la Protection civile de la wilaya d'El-Tarf a décidé de mettre le paquet pour sauver le maximum de vie humaine de la mort par noyade.

Ainsi, un très important dispositif de surveillance des plages a été lancé par cette direction, selon son premier responsable, le lieutenant-colonel Drardja. Environ 142 maîtres-nageurs, dont 58 agents de la Protection civile et 84 saisonniers ont été recrutés au niveau de son institution. Ce dispositif est également encadré par huit plongeurs professionnels destinés uniquement à l'intervention au large. Cette équipe, selon le même intervenant, assurera durant toute la saison estivale la protection de 14 plages autori-sées à la baignade. Il y a lieu de noter que ces maîtres-nageurs sont dotés d'importants moyens matériels, notamment six embarcations neumatiques, dont deux semi-rigides. Cet important dispositif de prévention et d'action en même temps, selon le lieutenant-colonel Drardja, a été approuvé après la tenue d'une réunion au niveau de la wilaya qui a regroupé les différents représentants des institutions ayant un rapport avec la protection des baigneurs durant la période estivale. Ainsi, une enveloppe budgétaire de cinq millions de dinars a été allouée par la direction générale à cette wilaya pour assurer le bon fonctionnement de cette opération.

Cette wilaya ne fait pas l'exception visà-vis des autres régions côtières du pays. En effet, selon le sous-directeur des statistiques et de l'information au niveau de la direction générale de la protection civile, M. Medjkane, un important dispositif de surveillance des plages à travers tout le territoire national a été mis en place. En effet, pas moins de 8 514 maîtres nageurs, dont 7 239 saisonniers et 1275 professionnels, ont été mobilisés par la direction générale de la Protection civile.

Ce dispositif est accompagné par les moyens humains pris en charge par les collectivités locales des régions côtières. Ainsi, le nombre total des sauveteurs sur les plages autorisées à la baignade avoisine les 11 000 personnes. Ce dispositif est renforcé par 131 plongeurs professionnels autonomes de la Protection civile.

Cet important dispositif a permis aux éléments de la Protection civile, selon la même source, d'enregistrer plus de 29 800 interventions depuis le début de la saison esti-vale, dont 309 interventions dans la wilaya d'El-Tarf. Il a, galement, permis de sauver plus de 16 208 ersonnes de la noyade, dont 1 693 estivants évacués vers les différents centres de santé alors que 11 485 personnes ont reçu les soins sur place. Ainsi, selon la même source, plus de 66 personnes ont trouvé la mort depuis le début de la saison estivale, dont 44 ont péri dans des plages interdites à la baignade.

Important dispositif de lutte contre les feux de forêts

Connue également pour ses nombreuses forêts, la ville d'El-Tarf est l'une des wilayas les plus touchées par les feux de forêts. Pour remédier à cette situation, la direction générale de la Protection civile a décidé d'installer, au chef lieu de la wilaya, une colonne mobile ayant pour principale tâche l'intervention rapide sur les lieux de l'incendie. Ainsi, selon le contrôleur du programme de formation, le commandant Karim Benzidane, les quelque 720 pompiers détachés spécialement pour assurer le bon fonctionnement de cette colonne ont reçu une formation périodique qui leur permet de s'acclimater avec les caractéristiques de cette région.

Le même intervenant a indiqué que ces colonnes mobiles ont été mises en place il y a quelque années pour faire face aux flammes qui ravagent les forêts algériennes. Ainsi, 12 colonnes mobiles ont été installées au niveau national et sont appelées à intervenir chacune dans une circonscription composée de trois à quatre wilayas, et ce, pour la période comprise entre le 1 er juin et le 31 octobre de chaque année.

Chaque colonne mobile est composée de 60 éléments. La durée de rotation des équipes est de 12 jours. Ces sapeurs-pompiers disposent d'un matériel d'intervention lourd, notamment sept véhicules tout-terrain munis d'engins pompes porteurs d'eau destinés à combattre le feu, d'un véhicule tout-terrain pour le commandement, d'une ambulance et d'un bus pour transporter les troupes.

Le commandant Benzidane ajoutera, par la suite, qu'à côté des colonnes mobiles, «on compte d'autres équipes d'intervention et de lutte contre les incendies de forêt, dont celles de la Direction des forêts. Celles-ci sont également équipées de véhicules antiincendie et de camions-citernes. Leurs principales tâches est d'intervenir rapidement pour essayer d'arrêter momentanément la progression du feu avant l'arrivée des renforts de sapeurs-pompiers». Après trois jours passés chez les éléments de la Protection civile, nous avions ôté le casque du pompier et c'est à ce moment que nous avons su combien il était lourd de porter une telle responsabilité.

envoyée spécial à El-Tarf, Raouf Aziri

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