Consultations médicales, dons, sensibilisation,… : La caravane de la protection civile sillonne l'extrême Sud du pays El Moudjahid le 18 juillet 2010
Une femme médecin : “Je reviendrai 20 fois si nécessaire”
Pieds nus et le regard hagard, le petit Mohamed, à peine 3 ans, tient jalousement les bonbons que lui a tendus un agent de la protection civile mais reste cependant figé devant ce beau monde qui a fait irruption «chez» ses parents nomades, une kheima qui fait office d'un abri de fortune installée quelque part à Timiaouine (Adrar).
Entouré de ses nombreux frères et sœurs, l'enfant ne quitte en effet pas des yeux les médecins de la protection civile qui l'auscultaient tandis que ses frères et sœurs continuaient à leur grand bonheur à recevoir gâteaux, bonbons et jouets que distribuaient les membres de la caravane de la protection civile. « Il est incroyablement pâle et il souffre d'une diarrhée », tranche sans appel le Dr Maamouri Rafik, l'un des six médecins urgentistes de cette caravane, composée également d'officiers, sous-officiers et agents de la PC, et qui sillonne depuis mercredi dernier la daïra de Bordj Badji Mokhtar (BBM), distante de 2200 km d'Alger, dans le but de prévenir et de sensibiliser les populations locales contre les nombreux accidents et risques qu'elles encourent au quotidien tels les piqûres des scorpions, les intoxications alimentaires, les coups de soleil ou encore les maladies à transmission hydrique (MTH).
« Nous avons amené avec nous des denrées alimentaires et des produits médicaux pour les offrir à la population, de même que des dépliants et autres affiches indiquant les consignes à entreprendre en cas d'urgence ou d'accidents », explique le responsable de la cellule de communication de la protection civile, le commandant Achour Farouk.
Un médecin pour 8.000 habitants !
Pour son premier jour, la caravane s'est dirigée vers Timiaouine, à 150 km au sud de BBM et surtout distante de … 1000 km du chef-lieu de la wilaya d'Adrar. Les voies de communications demeurent un véritable handicap pour cette zone où l'on ne doit compter que sur un solide 4X4 pour arriver à bon port y compris pour l'axe Adrar – BBM dont la moitié est fait de pistes. A ce propos, il a fallu à la caravane de la PC quatre jours de marche et plus de 2500 km parcourus depuis Alger pour entrer à Timiaouine.
Outre donc l'isolement, la pauvreté et les conditions climatiques infernales qui sévissent dans cette région où le mercure flirte souvent avec les 44°, ces citoyens souffrent d'un déficit énorme en matière de couverture sanitaire dans la mesure où l'on ne compte à Timiaouine qu'un seul médecin pour plus de 8000 habitants, chose qui a accentué les pathologies parmi lesquelles, on citera notamment l'anémie, la gale et autres maladies des yeux.
En sus, on compte dans cette région frontalière du Mali des centaines de familles nomades regroupées sur des dizaines de km2 comme celle du petit Mohamed qu'on a rencontré à In-Ghazel, 40 km plus au sud et dont l'itinéraire est fait entièrement de piste rocheuse et sableuse. La misère et la malnutrition sont omniprésentes chez ces familles qui se caractérisent par le nombre élevé des enfants. Disposant pour la plupart d'une poignée de chèvres, ces nomades changent régulièrement de lieux, à la recherche de l'eau.
Comme nourriture, il faut dire qu'ils n'ont pas l'embarras du choix hormis le couscous, les galettes, les pâtes et le lait. Sinon, il n'y a vraiment pas de quoi à se mettre à la bouche et ce n'est certainement pas la sécheresse qui sévit ici depuis deux ans qui viendra arranger les choses. C'est ce qui explique sans doute le bonheur qui s'empare de ces gens à la vue des agents de la protection civile décharger des denrées alimentaires pour les distribuer dans les tentes.
“Je reviendrai 20 fois si nécessaire”
«Que Dieu soit avec vous», glisse une vieille femme qui semble, à l'image de tout le clan, accepter son sort. Chose qui n'a pas échappé aux missionnaires de la caravane de la protection civile qui, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, se sont donnés à cœur joie d'accomplir cette noble tâche. «Même si on me demande de revenir ici 20 fois, je le ferai sans réfléchir car il est de notre devoir d'assister ces citoyens algériens qui vivent dans des conditions extrêmes», assure le Dr Rahal Karima entre deux consultations médicales effectuées au centre médical de Timiaouine qui a connu au 2è jour de la présence de la caravane de la PC une affluence record. Il a fallu même recourir à la gendarmerie nationale pour que le calme soit revenu. Au total, on a compté 180 visites médicales, en sus de 21 autres effectuées la veille parmi les familles nomades.
«En général, les pathologies les plus fréquentes sont la gale, l'anémie mais aussi l'hypertension et les maladies touchant les yeux», affirme le Dr Louiza qui fait remarquer que la population, plus particulièrement les enfants souffrent terriblement de la malnutrition.
S. A. M.
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