LE COLONEL MUSTAPHA EL HABIRI,
DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA PROTECTION CIVILE, À L'EXPRESSION
«Des manoeuvres nationales auront lieu cette année»
L'Expression le 05 Janvier 2012
«On a doublé le nombre d'unités en quelques années»
C'est entouré de ses principaux collaborateurs que le colonel Mustapha El Habiri nous a reçus dans son bureau à Hydra. En poste depuis 10 ans, il ne cesse de moderniser ce corps incontournable pour porter secours aux citoyens. Dernières réalisations: programme de formation de 23.000 personnes aux gestes des premiers secours, acquisition d'hélicoptères équipés et promulgation d'un nouveau statut de la Protection civile.
L'Expression: Vous avez initié depuis plusieurs mois un programme de formation à destination de la population. Quel en a été le résultat?
El Habiri: C'est une initiation aux gestes qui sauvent. L'opération a touché
23.000 citoyens et elle va se poursuivre encore cette année dans différentes wilayas afin de familiariser beaucoup de personnes aux premiers soins. On a l'ambition de former des pompiers volontaires qui viendront en appui à nos agents comme c'est le cas en Europe. On dispose d'un fichier national de ces personnes formées avec leurs cordonnées pour pouvoir les solliciter à tout moment.
Les pompiers sont les premiers à se rendre sur les lieux des accidents: comment se déroule cette opération?
Ce sont des conditions de travail difficiles. Nos ambulanciers ont du mal à arriver rapidement sur les lieux des sinistres à cause de l'encombrement des voies. On est obligé de dépêcher une deuxième équipe dans le sens inverse de la circulation pour évacuer rapidement les victimes. Si les blessures sont graves, on fait appel à un médecin, sinon l'infirmier prend en charge les cas qui se présentent à lui.
Quel est votre dispositif pour parer à des catastrophes?
Il y a des plans d'organisation des secours dans chaque wilaya qui sont déclenchés en cas de sinistre. Tous les secteurs y sont impliqués avec leurs moyens.
Quel est le nombre quotidien des sorties de vos agents sur le terrain?
Il y a plus de 1.500 sorties par jour. Cela va de la personne qui nous sollicite parce que la porte de l'appartement s'est refermée jusqu'à l'incendie. Les citoyens se trouvent en permanence dans le besoin d'être assistés ou secourus en cas de danger ou de détresse. Cela donne 450.000 intervention par an, soit près d'un demi-million.
De quel effectif disposez-vous pour effectuer ce travail?
La Protection civile dispose de 56.000 fonctionnaires. Si l'on compte les personnes formées aux premiers secours, 5.000 pour cette année, on atteindra un personnel de 80.000 individus. Cela donne un ratio de 81 secouristes pour 10.000 habitants.
Le ratio est de 1 pour 1.000 au niveau international. On fait tout pour disposer d'une couverture opérationnelle optimale. On a doublé le nombre d'unités en quelques années et on a renouvelé le parc roulant et les ambulances et autres types de véhicules. Il y a aussi un programme de formation de groupes d'intervention spécialisés. C'est le cas pour le groupe de grimpe intervenant dans les endroits inaccessibles, en milieu périlleux et en montagne. Les agents ont été formés à Bouira. On a aussi un groupe de sauvetage déblaiement dans chaque wilaya pour les interventions en cas de séisme, ainsi qu'un groupe cynotechnique (avec 26 chiens) implanté à Alger, Mostaganem et bientôt à Constantine. Ce sont des groupes autonomes qui sont prêts à intervenir même à l'étranger. Leur autonomie est de huit jours même en nourriture. On a formé des formateurs grâce à nos conventions avec l'organisme similaire en France pour atteindre des degrés de performance élevés.
A l'heure actuelle, on peut se passer de cette coopération car on dispose d'assez de formateurs.
Qu'en est-il de l'application de la loi04-20 du 25 décembre 2004 relative à la prévention des risques majeurs et à la gestion des catastrophes dans le cadre du développement durable?
On attend toujours les décrets d'application. Cela est du ressort des autres institutions de l'Etat. Mais il existe une nouvelle méthode de gestion des risques dans chaque wilaya. Cela nous permet de connaître la localisation des risques et d'apporter des réponses adéquates.
Quel est votre taux de couverture du territoire actuel?
On couvre 90% du territoire. Il ne reste que 20 daïras sur les 546 à ne pas disposer d'unités. Mais quelquefois, il y a deux unités par daïra. Avant 2001, le taux de couverture était de 35%. La couverture est effectuée en fonction de l'évolution du tissu urbain.
A propos d'urbanisme, quelle est la situation en ce qui concerne les établissements recevant le public et autres édifices?
On intervient avant même l'attribution du permis de construire car il y a une étude de risque. A titre d'exemple, les ouvertures de façades comme les fenêtres doivent répondre à des normes pour faciliter les évacuations tout comme les marches. On vérifie si l'architecte a respecté les normes. Si ce n'est pas le cas, on exerce notre prérogative d'alerter. Il y a aussi des visites avant de délivrer des certificats de conformité. Ensuite, on effectue des visites inopinées ou programmées car le certificat n'est pas définitif. En cas de problèmes, on saisit le wali pour ordonner la fermeture des locaux.
Vos agents et officiers ne font pas seulement face aux accidents de la route, il y a aussi les risques industriels et chimiques...
Il y a même un module sur le risque chimique qui est enseigné et on va bientôt se doter de cellules d'intervention chimique et radiologique. Le matériel va arriver incessamment et nos ingénieurs sont déjà formés. S'il y a un risque radiologique, on entre en contact avec le commissariat à l'énergie atomique. Notre action se concentre sur des opérations de transport en direction des hôpitaux ou en faveur des sociétés opérant sur des chantiers où sont effectuées des soudures sur canalisation. Les appareils de vérification de la résistance à la pression fonctionnent avec une source radioactive.
Y a-t-il eu des accidents?
Il y avait un accident à Sétif en 1974. Un appareil a été volé et brisé et il y a eu un début de radiation. Une source a aussi été perdue en 2000 au sud du pays avant d'être retrouvée.
Allez-vous poursuivre le processus de modernisation du corps?
Notre groupe aérien sera opérationnel dans un mois car nous avons acquis des hélicoptères. Il y a aussi 150 motos équipées pour arriver rapidement sur les lieux d'accidents sur les autoroutes et éviter les suraccidents.
La Protection civile a aussi entamé un cycle de manoeuvres...
On a entamé des manoeuvres dans chaque wilaya avant de leur imprimer un caractère régional puis national. Carambolages, crash d'avion, tout y passe.
Cette semaine, les exercices vont être concentrés sur les gros incendies d'usine. L'objectif est de parvenir à mobiliser une force de frappe dans un laps de temps de deux à six heures. Il y a 60 éléments dans chaque groupe d'intervention rapide. On peut mobiliser 5.000 hommes à travers le territoire national. En plus, on prépare des manoeuvres nationales qui vont durer huit jours.
Quels sont les risques auxquels vous vous préparez?
Parmi les 10 risques, on a intégré les risques sociétaux constitués par les regroupements. Mais il y a aussi les tempêtes, les inondations et les séismes. On intervient aussi lors des campagnes de pèlerinage.
La lutte contre les incendies de forêt constitue aussi un gros travail pour les effectifs...
Les colonnes mobiles sont prévues à cet effet. Elles sont disséminées à travers les massifs forestiers. On a commencé en 2003 avec 12 colonnes mobiles équipées en matériels et en moyens humains. Elles ne sont pas destinées spécialement à intervenir dans leur wilaya d'implantation mais aussi dans les zones limitrophes. On a mis en place 10 autres colonnes de manière à ce que chacune d'entre elles prenne en charge 2 wilayas. On a l'ambition d'arriver à une colonne par wilaya.
Quel a été l'apport du nouveau statut de la Protection civile?
Les fonctionnaires bénéficient de points indiciaires leur permettant d'améliorer leur situation comme ils gagnent aussi une catégorie par rapport à d'autres corps. L'évolution de carrière est définie et il y a une spécialisation des agents et officiers au lieu de la polyvalence qui prévalait auparavant. La formation et les primes sont d'autres avantages. Les primes vont de 2.500 à 10.000 dinars selon les fonctions et grades.
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